ULYSSE : Ulysse, en grec Odysseus (le nom latin, Ulyzes, résulte d'un emprunt dialectal), est le héros le plus célèbre de toute l'antiquité. Sa légende, qui constitue le sujet de l'Odyssée, a été l'objet de remaniements, d'additions, de commentaires, jusqu'à la fin de l'Antiquité. Plus encore que celle d'Achille, elle a prêté à des interprétations symboliques et mystiques. Ulysse, par exemple, est souvent considéré par les Stoïciens comme le type du Sage.

 

 

 

 

 

 

I.a Naissance. -

La généalogie d'Ulysse est relativement constante. Les auteurs s'entendent sur le nom de son père, Laerte, et sur celui de sa mère, Anticlée, Cette filiation est déjà celle que donne l'odyssée. Les variations ne commencent qu'avec le nom des ancêtres plus lointains, Du côté paternel, son grand-père est Arcisios - et cela, dès l'Odyssée - mais Arcisios, passe tantôt pour le fils de Zeus et d'Euryodia, tantôt pour celui de Céphaie, ou encore pour celui de Cilée, lui-même fils de Céphale Du côté maternel, l'Odyssée indique Autolycos pour aïeul, et par conséquent Hermés pour arrière-grand-père. Mais il existait une tradition selon laquelle Anticlée, avant son mariage avec Laerte, aurait été aimée de Sisyphe, et le petit Ulysse aurait été en réalité le fils de celui-ci (v. Sisyphe ). Cette version est mentionnée surtout par les tragiques ; elle est inconnue des poèmes homériques. Ulysse est né à Ithaque, qui est une île de la côte occidentale de Grèce, au Nord- Est de Céphallénie, dans la mer Ionienne. Anticlée l'aurait mis au monde, plus précisément, sur le mont Nériton, un jour qu'elle avait été surprise par la pluie, et que sa route s'était trouvée coupée par l'eau. Cette anecdote avait pour origine un calembour sur le nom d'Odysseus, que l'on interprétait comme un fragment (ou à peu près) de la phrase grecque signifiant: " Zeus pleuvait sur le chemin ". Mais l'Odyssée donne une autre interprétation du nom de son héros : c'est Sisyphe qui aurait ainsi appelé l'enfant, parce que lui-même " était détesté par beaucoup de gens " (Odysseus rappelle, en effet, " être odieux "). Dans la tradition qui fait d'Ulysse le fils de Sisyphe, Anticlée aurait mis son fils au monde à Alalcomènes, en Béotie, alors qu'elle se rendait à Ithaque avec Laerte, et c'est en souvenir du lieu de sa naissance qu'Ulysse aurait appelé Alalcomènes un village d'Ithaque. Il. Jusqu'à la Guerre de Troie. - Pendant sa jeunesse, Ulysse fit plusieurs voyages. Une tradition tardive veut qu'il ait été l'un des élèves du Centaure Chiron, comme Achille. Homère ne nous dit rien de tel. L'odyssée fait seulement allusion à une chasse au sanglier, à laquelle il prit part sur le Parnasse, au cours d'un séjour chez Autolycos. Pendant cette chasse, il fut blessé au genou, et la cicatrice qui en résulta fut indélébile. Elle devait le faire reconnaître, beaucoup plus tard, à son retour de Troie. Au temps de Pausanias, les guides du sanctuaire précisaient qu'Ulysse avait reçu cette blessure à l'emplacement du gymnase de Delphes. Ulysse fit d'autres voyages pour le compte de Laerte. Il se rendit notamment à Messène, pour réclamer des moutons qu'on lui avait dérobés. A Lacédémone, il rencontra Iphitos, qui avait été son hôte et en reçut en présent d'hospitalité l'arc d'Eurytos, qui lui servira, plus tard, à tuer les prétendants. Devenu un homme, il obtint de Laerte le trône d'Ithaque, ainsi que toutes les richesses de la maison royale, qui consistaient surtout en troupeaux. C'est à ce moment que se place, dans les récits postérieurs à l'Odyssée, sa tentative pour épouser Hélène, la fille de Tyndare. Mais, voyant que le nombre des prétendants était considérable, il renonça à Hélène, pour s'assurer un parti presque aussi avantageux, et épouser Pénélope, la cousine d'Hélène, et la fille d'Icarios. Voulant s'attirer la reconnaissance de Tyndare, il imagina un stratagème capable de le tirer d'embarras, devant le grand nombre des prétendants à la main d Hélène. Il lui conseilla d'exiger de chacun d'eux le serment de respecter le choix qui serait fait, et d'aider l'élu à conserver sa femme, au cas où quelqu'un viendrait à la lui disputer. C'est de ce serment que devait sortir la guerre de Troie. Reconnaissant, Tyndare obtint aisément pour Ulysse la main de Pénélope. Selon d'autres auteurs, celle-ci fut l'enjeu d'une course, dans laquelle Ulysse remporta la victoire. De ce mariage naquit un fils, Télémaque. Celui-ci était encore en bas âge, lorsque la nouvelle se répandit que Pâris avait enlevé Hélène et que Ménélas demandait du secours contre le ravisseur. Ulysse ne se résigna que difficilement à tenir le serment par lequel il s'était lié et, postérieurement aux poèmes homériques, on racontait qu'il avait même simulé la folie pour se dispenser de participer à l'expédition. C'est Palamède qui perça sa ruse à jour, encourant ainsi la rancune du héros. Quand il vit la partie perdue, Ulysse accepta l'inévitable, et partit pour Troie. Auparavant, son père lui donna un conseiller, Myiscos, avec mission de veiller sur lui pendant la guerre. Ce Myiscos n'est pas mentionné par les poèmes homériques. Ulysse, dès lors, embrasse avec ardeur la cause des Atrides. Il accompagne Ménélas à Delphes, pour consulter l'oracle et même, selon certaines traditions, se rend avec lui une première fois à Troie, pour réclamer Hélène (v. ci-dessous). Il recherche le jeune Achille, dont la présence était déclarée indispensable par les Destins, si l'on voulait prendre la ville. Il le découvre enfin à Scyros et, ou bien seul, ou bien accompagné d'autres héros (Nestor et Phoenix, Nestor et Palamède, Diomède, selon les traditions), il se déguisa en marchand, et pénétra dans le gynécée du roi Lycomède, où vivait Achille (v. ce nom). Là, offrant dans sa pacotille des étoffes et des armes, il reconnut Achille à l'empressement de celui-ci à choisir les armes. Ou bien encore, il le fit se trahir à son émotion en entendant jouer de la trompette guerrière. Enfin, pendant cette période préparatoire, nous le voyons aussi comme ambassadeur des Atrides à Chypre, auprès de Cinyras.

II. La guerre devant Troie. -

Pendant la première expédition, qui aboutit au débarquement en Mysie (et qui est ignorée des poèmes homériques), le role d'Ulysse semble avoir été insignifiant, et s'être borné à interpréter correctement l'oracle concernant la guérison de Télèphe par "l'auteur de la blessure ". Alors qu'Achille déclinait toute compétence, Ulysse fit observer qu'il s'agissait en réalité de la lance, et non du guerrier. C'est surtout dans la seconde expédition, la Guerre de Troie proprement dite, qu'Ulysse se montre actif. Il sert d'intermédiaire à Agamemnon pour faire venir Iphigénie à Aulis sous un prétexte plausible (v. Iphigénie). Ulysse conduit à Troie un contingent de douze vaisseaux. Il tait partie des chefs qui se réunissent en conseil, et est considéré comme l'égal des plus grands. Sur la route de Troie, il accepte le défi que lui lance le roi de Lesbos Philomélidès, et le tue à la lutte. Cet épisode, auquel fait allusion l'Odyssée, devint, chez les auteurs postérieurs, un assassinat dans lequel Ulysse fut aidé par Diomède, son compagnon, ou son complice, ordinaire. Pendant l'escale à Lemnos, au banquet des chefs, Ulysse, au témoignage de l'Odyssée, se querella contre Achille. L'un, Ulysse, vantait la prudence, l'autre exaltait la bravoure. Agamemnon, à qui Apollon avait predit que les Grecs prendraient Troie lorsque la discorde se mettrait parmi les assaillants, vit dans cette discussion un présage d'une prompte victoire. Cet épisode fut déformé par les mythographes postérieurs, qui imaginèrent une querelle entre Agamemnon et Achille, premier symptôme de celle qui devait, neuf ans plus tard, opposer l'un à l'autre les deux héros, et qui constitue le sujet de l'Iliade. Et c'est Ulysse qui les aurait réconciliés. De plus, l'épisode, au lieu d'être situé à Lemnos, est transporté à Ténédos. C'est à Lemnos, encore, ou dans l'îlot voisin, aujourd'hui disparu, de Chrysè, qu'eut lieu, sur le conseil d'Ulysse, l'abandon de Philoctète (v. ce nom). Un autre épisode a été introduit par les poètes postérieurs à Homère, au cours de ce voyage vers Troie l'ambassade qui, de Ténédos, alla réclamer Hélène. Déjà, lors de l'enlèvement, Ulysse et Ménélas avaient fait un premier voyage à Troie, accompagnés de Palamède, pour essayer de régler l'incident de façon pacifique. Ils renouvelèrent leur démarche à partir de Ténédos. Mais ce fut encore une fois en vain, et ils furent sérieusement menacés par les Troyens, ne devant leur salut qu'à l'intervention d'Anténor (v. Ménélas). Pendant le siège, Ulysse se montre un combattant de la plus grande vaillance, en même temps qu un conseiller prudent et efficace. Il est employé pour toutes les missions demandant une habileté oratoire par exemple, il est chargé, dans l'Iliade, de l'ambassade auprès d'Achille, lorsque Agamemnon veut se réconcilier avec celui-ci c'est lui, déjà, qui avait ramené la captive Chryséis à son père, conclu l'armistice avec les Troyens, organisé le combat singulier entre Pâris et Ménélas, réduit Thersite au silence dans l'assemblée des soldats, et persuadé aux Grecs de rester en Troade. A cette activité diplomatique, telle qu'elle est présentée dans l'Iliade, les poètes postérieurs (et, cela en partie, dès l'Odyssée) ont ajouté divers épisodes : l'ambassade auprès d'Anios, pour qu'il consente à envoyer ses filles et assurer ainsi le ravitaillement de l'armée, l'ambassade auprès de Philoctète, lorsqu'Hélénos (fait prisonnier et interrogé par Ulysse) a révélé que les flèches d'Héraclès étaient nécessaires pour assurer la prise de la ville (v. Philoctéte), l'ambassade auprès de Néoptolème, dans laquelle il fut accompagné soit de Diomède, soit de Phoenix. On attribue également à Ulysse d'autres actions, souvent assez peu honorables, comme des entreprises d'espionnage. Déjà l'Iliade le montre en reconnaissance nocturne avec Diomède, dans l'épisode de la Dolonie, au cours duquel il tua Dolon et captura les chevaux de Rhésos. Plus tard, sur le modèle de la Dolonie, a été imaginé l'épisode de l'enlèvement du Palladion (v. ce mot). C'est à Ulysse également que l'on attribue les intrigues qui amenèrent la mort de Palamède (v. ce nom), et l'idée première de la construction du cheval de bois - ruse dont il aurait assuré le succès par une expédition particulièrement audacieuse mentionnée par l'Odyssée. Il se fit d'abord mutiler à coups de fouet par Thoas, le fils d'Andraemon, pour éviter d'être reconnu, et, se couvrant de haillons, se présenta dans la ville comme un transfuge. Il se glissa alors auprès d'Hélène, qui, depuis la mort de Pâris, avait épousé Déiphobe, et s'entendit avec elle pour qu'elle trahît les Troyens. On racontait qu'Hélène avait averti Hécube de la présence d'Ulysse, mais, celui-ci, par ses prières, ses larmes et ses discours artificieux, avait touché la reine, qui lui avait promis le secret. Il put se retirer, non sans avoir massacré quelques Troyens, notamment les gardes de la porte, et rentrer dans le camp achéen. Les exploits guerriers d'Ulysse pendant la guerre sont nombreux. Ses victimes furent Démocoon, Caerané, Alastor, Chromios, Alcandre, Halios, Noémon, Prytanis, Pidytès, Molion, Hippodamos, Hypérochos, Déiopitès, Thoon, Ennomos, Chersidamas, Charops, Socos. Il protège Diomède lorsque celui-ci est blessé, et couvre sa retraite. Il commande le détachement enfermé dans le cheval de bois, et met ses compagnons en garde contre la ruse d'Hélène, qui vient rôder autour d'eux en imitant la voix de leurs femmes. Il est le premier à s'élancer au dehors et accompagne Ménélas, qui veut s'emparer au plus tôt d'Hélène, chez Déiphobe et, selon une version, il empêche le mari outragé de tuer sa femme sur-le-champ (v. Ménélas). Selon une autre, il laisse à la colère des Grecs le temps de s'apaiser, et évite ainsi que la jeune femme ne soit lapidée, comme le voulaient ceux-ci. Il sauva également l'un des fils d'Anténor, Hélicaon. Sur le rôle d'Ulysse lors du partage des armes d'Achille, et ses intrigues contre Ajax, voir ce nom. Ulysse est également responsable de la mort d'Astyanax et du sacrifice de Polyxène. Hécube lui échut en partage, parmi les captives troyennes, et, dans la tradition selon laquelle la vieille reine fut lapidée, c'est Ulysse qui lui jeta la première pierre, bien qu'elle l'eût autrefois sauvé (v. ci-dessus).

III. Le retour à Ithaque. -

Cette partie des aventures d'Ulysse est celle qui fait l'objet de l'Odyssée, mais, là encore, la légende a subi des remaniements et des additions à une époque postérieure. On sait que Ménélas et Agamemnon ne furent pas d'accord sur la date du départ, pour le retour de l'armée en Grèce (v. Agarnemnon et Ménélas). Ménélas partit le premier, avec Nestor. Ulysse les suivit, mais, à Ténédos, il se querella avec eux et revint à Troie, pour rejoindre Agamemnon. Lorsque celui-ci mit à la voile, Ulysse le suivit, seul de tous les princes grecs, mais il en fut bientôt séparé par une tempête. Il aborda en Thrace, au pays des Cicones, où il prit la ville d'Ismaros. De tous les habitants, il n'en épargna qu'un, Maron, qui était prêtre d'Apollon. En remerciement, Maron lui fit présent de douze jarres d'un vin doux et tort, qui lui sera fort utiles au pays des Cyclopes (v. ci-dessous). Dans ce débarquement, Ulysse perdit six hommes dans chacun de ses navires. Et, devant une contre-attaque des Cicones de l'intérieur, il reprit la mer. Cinglant vers le Sud, deux jours après, il arrivait en vue du cap Malée, mais un violent vent du Nord le poussa jusqu'au large de Cythère et, deux jours plus tard, il abordait au pays des Lotophages. Il envoya quelques-uns de ses hommes s'enquérir des habitants, et ceux-ci les reçurent favorablement, Ils leur firent goûter d'un fruit de leur pays, le lotos, dont eux-mêmes faisaient leur nourriture. Et ce fruit était si exquis que les Grecs ne voulurent plus s'en aller. Ulysse dut les contraindre au départ de vive force. Les géographes anciens situaient ce pays sur la côte de Tripolitaine. Remontant vers le nord, Ulysse et ses compagnons abordèrent dans une île remplie de chèvres, où ils purent se ravitailler abondamment. De là, ils pissèrent au pays des Cyclopes, identifié de tout temps avec la Sicile. Accompagné de douze hommes, Ulysse débarqua, et pénétra dans une caverne. Il avait pris soin d'emporter avec lui des outres pleines de vin, comme présent d'hospitalité aux êtres humains qu'il rencontrerait. Dans la caverne, ils trouvèrent force fromage, du lait frais et caillé, etc. Ses compagnons pressèrent Ulysse de se servir et de partir; mais celui-ci ne le voulut point. Et, lorsque rentra le propriétaire de la caverne, le Cyclope Polyphème, celui-ci s'empare des étrangers et les enferma dans son antre. Puis, il se mit en devoir de les dévorer, par paires. Ulysse, cependant, lui offrit du vin de Maron. Le Cyclope, qui n'avait jamais bu de vin, le trouva bon, et en but tant qu'il se sentit de meilleure humeur. Il demanda alors son nom à Ulysse. Celui-ci lui répondit " Personne. " Le Cyclope lui promit, en récompense pour un si excellent vin, de le dévorer le dernier. Puis, après une dernière coupe, il s'endormit. On sait comment Ulysse, à l'aide d'un épieu durci au feu, perça l'œil unique du géant et, le matin venu, réussit à se glisser, sous un bélier, hors de la caverne. Le Cyclope appela ses congénères au secours, lorsqu'il fut blessé. Mais, lorsqu'ils lui demandèrent qui l'attaquait, le géant fut obligé de répondre " Personne ". Se méprenant sur le sens de sa réponse, les autres Cyclopes le prirent pour un fou, et s'en allèrent. C'est à partir de ce moment que Poséidon, qui était le père du Cyclope, commença de haïr Ulysse. Ayant ainsi échappé au Cyclope, Ulysse gagna l'île d'Eole, le maître des Vents. Eole le reçut avec hospitalité, et lui donna une outre en peau de bœuf, contenant tous les vents, qui devait le ramener directement à Ithaque. Et déjà ils pouvaient apercevoir les feux allumés par les bergers dans l'île lorsque Ulysse s'endormit. Ses compagnons, pensant que l'outre d'Eole renfermait de l'or, l'ouvrirent. Les vents s'en échappèrent en ouragan, et les chassèrent dans la direction opposée. Les navires abordèrent de nouveau chez Eole. Ulysse revint trouver le roi, et lui demanda une nouvelle fois un vent favorable. Eole lui répondit qu'il ne pouvait plus rien pour lui, maintenant que les dieux avaient prouvé si manifestement leur hostilité à son retour. Ulysse reprit alors sa navigation, au hasard et, remontant vers le Nord, aborda au pays des Lestrygons, généralement identifié avec la côte des environs de Formies ou de Gaète, au nord de la Campanie. Rendu prudent par son aventure chez les Cyclopes, Ulysse envoya quelques hommes en avant pour reconnaître le pays. Ils rencontrèrent la fille du roi, qui les conduisit auprès de son père, Antiphatès. Celui-ci en dévora un aussitôt. Les autres s'enfuirent, poursuivis par le roi et tout le peuple, jusqu'au rivage. Les Lestrygons lapidèrent les Grecs, broyant les vaisseaux et tuant les hommes. Ulysse seul réussit à couper le câble qui retenait son bateau et à prendre le large. Réduit à un seul bateau et à son équipage, il continua de remonter vers le Nord, et, bientôt, aborda dans l'île d'Aea, où habitait la magicienne Circé (sans doute l'actuel promontoire du Monte Circeo, au sud du Latium) (v. le récit de ses aventures à Circée). Lorsqu'il partît de l'île d'Aea, Ulysse laissait un fils, Télégonos, à Circé - peut-être deux, Télégonos et Nausithoos. Circé l'envoya consulter l'âme de Tirésias, pour savoir les moyens d'assurer son retour à Ithaque. Tirésias lui apprend qu'il reviendra dans sa patrie seul, et sur un vaisseau étranger, qu'il devra y tirer vengeance des prétendants et, plus tard, repartir, un aviron sur l'épaule, à la recherche d'un peuple qui ne connaisse pas la navigation. Là, il offrira un sacrifice expiatoire à Poséidon et, finalement, mourra, à un âge avancé, au milieu du bonheur, et loin de la mer. Enfin, après avoir aperçu un certain nombre de héros parmi les morts évoqués, Ulysse revient chez Circé. Puis, il en repart, non sans que la magicienne lui ait donné encore des conseils. Il longea d'abord l'île des Sirènes (située au voisinage du golfe de Naples) (v. Sirènes). Ensuite, il eut à affronter les Roches Errantes, et le détroit entre Charybde et Scylla (v. ces noms). Quelques-uns des matelots furent dévorés par celle-ci, mais le navire échappa aux remous de Charybde, et bientôt, l'on parvint dans l'île de Thrinacie, où paissaient des troupeaux de bœufs blancs appartenant au Soleil. Là, le vent vint à manquer et les vivres à faire défaut. Pour parer à la disette et malgré l'interdiction d'Ulysse, les marins tuèrent quelques-uns de ces bœufs pour les manger. Le Soleil le vit et se plaignit à Zeus, demandant réparation. Aussi, lorsque le bateau reprit sa navigation, un orage envoyé par le maître des Dieux se leva, le navire fut foudroyé, et seul Ulysse, qui n'avait pas voulu participer au festin sacrilège, put se sauver, accroché à un mât et fort mal en point. Le courant l'emporta de nouveau à travers le détroit et il n'échappa que par miracle au gouffre de Charybde. Après neuf jours, pendant lesquels il fut ainsi balloté par la mer, Ulysse parvint dans l'île de Calypso (probablement la région de Ceuta, sur la côte marocaine, en face de Gibraltar) (v. Calypso). Bien que l'Odyssée ne mentionne rien de tel, les auteurs postérieurs assuraient qu'Ulysse avait eu de la déesse un ou même plusieurs fils Nausithoos, Nausinoos. Le séjour chez Calypso dura dix ans ou huit, ou cinq, ou même un, selon les auteurs. A la fin, à la prière d'Athèna, la protectrice du héros, Zeus envoya par Hermès à Calypso l'ordre de relâcher Ulysse. Calypso, à regret, mit à sa disposition le bois nécessaire pour construire un radeau, et Ulysse repartit, vers l'Est. Mais la colère de Poséidon ne se relâchait pas. Le dieu suscita un orage, qui brisa le radeau, et c'est accroché à une épave, tout nu, que le héros parvint dans l'ile des Phéaciens, que l'Odyssée appelle Schéria, et qui est probablement Corfou. Epuisé, Ulysse s'endormit dans les taillis qui bordaient une rivière. Au matin, il fut éveillé par les cris et les rires d'un groupe de jeunes filles. C'était Nausicaa, la fille du roi de l'île, et ses servantes, qui étaient venues laver le linge et jouer sur les bords de la rivière. Ulysse se montra à elles, et leur demanda leur aide. Nausicaa lui indiqua le chemin conduisant au palais de son père, le roi Alcinoos, tandis qu'elle-même y retournait séparément, avec ses servantes, pour ne pas exciter la malignité des passants. Auprès d'Alcinoos et de la reine, Arétè, Ulysse reçut l'accueil le plus amical et le plus hospitalier. On donna un grand banquet en son honneur, et Ulysse raconta longuement ses aventures. Puis, on le chargea de présents et, comme il déclina l'offre qu'on lui fit d'épouser Nausicaa, mais persista dans son désir de retourner à Ithaque, on mit un navire à sa disposition. Pendant le voyage, qui fut bref, Ulysse s'endormit, et les marins phéaciens le déposèrent dans un endroit écarté de l'île d'Ithaque, avec les trésors qu'il rapportait, les présents d'Alcinoos. Le navire revint à Schérie, mais, au moment d'atteindre l'île, il fut transformé en pierre par Poséidon, qui se vengeait ainsi du service rendu à Ulysse, contre sa volonté, et la ville même fut entourée d'une montagne, et cessa d'être un port. L'absence d'UIysse avait duré vingt ans. Lui-même est si transformé par l'âge et les périls qu'il n'est plus reconnu par personne. Cependant, Pénélope l'attend fidèlement (telle est du moins la version odysséenne). Elle est en butte aux sollicitations des prétendants, qui se sont établis dans le palais d'Ulysse et y dévorent ses richesses en de folles prodigalités. Ces prétendants sont au nombre de cent huit, et les mythographes en ont conservé les noms. Ils venaient de Dulichium, de Samé, de Zacynthe et d'lthaque même - qui sont les pays sur lesquels s'étend le pouvoir d'Ulysse. Pénêlope s'efforçait de les décourager et, pour cela, avait imaginé un stratagème demeuré célèbre. Elle leur avait promis une réponse le jour où elle aurait fini le tisser le linceul du vieux Laerte. Chaque jour, elle travaillait à cette tâche, mais, la nuit, elle défaisait le travail du jour. Ulysse, une fois éveillé, décide de ne pas se rendre immédiatement au palais. Il va d'abord chez Eumée, le chef de ses porchers, dans lequel il a une grande confiance. Il s'en fait reconnaître et rencontre chez lui Télémaque. Tous deux se rendent alors au palais. Ulysse est déguisé en mendiant. Nul ne le reconnaît, sauf son chien, Argos, qui, âgé de vingt ans, traînait une vie misérable. En voyant son maître, il se lève, tout joyeux, et retombe, mort. Au palais, Ulysse demande à manger aux prétendants. Ceux-ci l'insultent, et un mendiant, nommé Iros, habitué des festins des prétendants, provoque au combat ce nouveau venu qui menace son privilège. En quelques coups de poings, Ulysse l'abat. Ulysse est alors l'objet de plusieurs insultes de la part des prétendants et notamment du plus important d'entre eux, Antinoos. Pénélope, qui a appris l'arrivée de ce mendiant étranger, désire le voir, pour lui demander s'il n'a point de nouvelles d'Ulysse. Mais celui-ci décide de remettre l'entretien au soir. Le soir venu, Télémaque, sur l'ordre de son père, fait transporter dans une chambre haute toutes les armes que contient le palais. L'entretien entre Ulysse et Pénélope a lieu alors. Ulysse ne se fait pas reconnaître. Il se borne à prononcer des paroles d'espoir. Elle-même a rêvé que son mari allait bientôt revenir ; mais elle n'y veut pas croire et se propose le lendemain, d'instituer un concours entre les prétendants et de donner sa main au vainqueur. Elle leur confiera l'arc d'Ulysse, et le vainqueur sera celui qui saura le mieux s'en servir. Ulysse l'encourage à exécuter ce projet. Le lendemain a lieu le concours il s agit de traverser d'une flèche les anneaux formés par plusieurs fers de hache disposés côte à côte. Successivement, tous les prétendants saisissent l'arc, mais aucun ne peut le bander. A la fin, Ulysse se fait remettre l'arc et, du premier coup, atteint le but. Les serviteurs d'Ulysse ferment les portes du palais, Télémaque saisit les armes et le massacre des prétendants commence. Puis, les servantes, qui n'avaient pas observé envers ceux-ci toute la discrétion désirable, emportent les cadavres, nettoient la salle, et sont pendues dans la cour du palais, ainsi que le chevrier Mélanthios, qui avait pris le parti des ennemis de son maître. Ulysse se fait enfin reconnaître de Pénélope et, pour lever ses derniers scrupules, lui décrit la chambre nuptiale, que tous deux sont seuls à connaître. Le lendemain, Ulysse se rendit à la campagne, où vivait sont père, et s'en fit reconnaître. Cependant, les parents des prétendants massacrés se réunissaient, en armes, pour demander satisfaction. Mais, grâce à l'intervention d'Athèna, sous les traits du vieux Mentor, la paix revint bientôt à lthaque. Tel est le récit odysséen. Les poètes postérieurs y introduisirent des épisodes romanesques, surtout amoureux. Par exemple, les aventures d'Ulysse et de Polyméla, dans l'île d'Eole. Ils complétèrent aussi l'Odyssée, en lui ajoutant différentes " fins ". Voici les épisodes les plus marquants de ces légendes, la plupart purement littéraires : Après le massacre des prétendants, Ulysse offrit un sacrifice expiatoire à Hadès, Perséphone et Tirésias, et partit, à pied, à travers l'Epire, jusqu'au pays des Thesprotes. Là, il offrit à Poséidon le sacrifice que Tirésias lui avait autrefois ordonné. La reine du pays. Callidicé, le pressa de rester auprès d'elle et lui offrit son royaume. Ulysse y consentit, et tous deux eurent un fils, Polypoetès. Il régna quelque temps conjointement avec Callidicé et remporta des victoires sur les peuples voisins. Mais, lorsque Callidïcé mourut, il remit le royaume à Polypoetès, et regagna Ithaque, où il trouva le second fils que lui avait donné Pénélope, Poliporthés. Cependant, Télégonos, le fils d'Ulysse et de Circé, avait appris de sa mère quel était son père, il était parti à la recherche d'Ulysse. Il débarqua à Ithaque et ravagea les troupeaux. Ulysse vint au secours de ses bergers. Le combat s'engagea et Ulysse fut tué par son fils. Lorsqu'il sut quelle était sa victime, Télégonos se lamenta. Il emporta le corps, ainsi que Pénélope, chez Circé. D'autres versions racontaient qu'Ulysse, accusé par les parents des prétendants, avait soumis le cas au jugement de Néoptolème, qui régnait alors en Epire. Néoptolème, désirant s'emparer de Céphallénie, condamna Ulysse à l'exil. Ulysse s'en alla alors en Etolie, auprès de Thoas, le fils d'Andraemon. Là, il épousa la fille de Thoas, lui donna un fils, Léontophonos, et mourut très âgé. Une autre tradition, rapportée par Plutarque, veut qu'après le jugement de Néoptoléme, Ulysse se soit exilé en Italie. Il existait, sur les aventures d'Ulysse en Italie, et la dernière partie de son existence toute une série de traditions que nous ne connaissons que par des allusions obscures. En particulier, l'on racontait qu'Ulysse et Enée s'étaient rencontrés au cours de leurs voyages et s'étaient réconciliés. Ulysse s'établit en Tyrrhénie (le pays étrusque), et fonda trente villes. Là, il aurait pris le nom de Nanos (v. ce nom) qui, en langue étrusque, signifierait " l'Errant ". Ulysse serait mort dans une ville étrusque du nom de Gortynia, qui est généralement identifiée à Cortone, du chagrin que lui causa la mort de Télémaque et de Circé. Tacite rapporte qu'Ulysse avait atteint, dans ses voyages, les bords du Rhin et, en souvenir, élevé sur la rive un autel qui subsistait encore au temps de la conquête romaine. Comme le nom d'Héraclès, celui d'Ulysse s'était attaché aux différentes phases de la découverte de l'extrême Occident, à la fois grâce à l'épisode des Cimmériens et aux voyages mystérieux accomplis à la fin de son existence. La liste des enfants d'Ulysse est extrêmement variable. Elle était modifiée au gré des généalogistes, pour fournir des titres de noblesse à toutes les cités italiennes, au temps de Caton. C'est ainsi que l'on attribua à son union avec Circé des fils comme Ardéas, éponyme de la ville latine d'Ardée, Latinos, éponyme des Latins, etc.

Retour au Sommaire Mythologique