
et Zeus ne nous intéresse ici que comme Héros de Légendes. Dès les poèmes homériques est créée la personnalité de Zeus, roi des hommes et des dieux et trônant dans les hauteurs lumineuses du Ciel. Le plus souvent, il se tient au sommet du mont Olympe, mais il voyage. Par exemple, on le trouve chez les Ethiopiens, le peuple pieux entre tous, dont les sacrifices lui sont particulièrement agréables. Peu à peu, la demeure de Zeus se détacha de toute montagne particulière, et par l'expression d'Olympe, on n'entendit plus que la région éthérée où vivent les Dieux. Non seulement Zeus préside aux manifestations célestes, provoque la pluie, lance la foudre et les éclairs - puissance symbolisée par son égide (V. ci-dessous) mais, surtout, il maintient l'ordre et la justice dans le monde. Chargé de purifier les meurtriers de la souillure du sang, il veille à la conservation du serment, au respect des devoirs dus aux hôtes ; il est le garant du pouvoir royal et, généralement, de la hiérarchie sociale. Ces prérogatives, il les exerce non seulement à l'égard des hommes, mais aussi à l'intérieur de la société des dieux. Lui-même est soumis aux Destins, dont il est l'interprète et qu'il défend contre les fantaisies des autres dieux - par exemple, il pèse les destins d'Achille et d'Hector et, lorsque le plateau qui porte celui-ci descend vers 1'Hadês, il interdit à Apollon d'intervenir, et abandonne le héros à son ennemi. Dieu providentiel, conscient de sa responsabilité, il est le seul qui ne se laisse pas emporter pur ses caprices - au moins lorsqu'il ne s'agit pas de ses caprices amoureux et, même alors, ses apparentes fantaisies ne sont pas toujours exemptes de quelque politique (v. ci-dessous). il est le dispensateur des biens et des maux. Homère raconte, dans 1'Iliade, qu'à la porte de son palais sont deux jarres, l'une contenant les biens l'autre les maux. Le plus souvent, Zeus puise alternativement dans l'une et dans l'autre, pour chacun de nous. Mais parfois, il puise exclusivement dans l'un d'eux, et la destinée qui en résulte est soit entièrement bonne, soit, plus souvent, entièrement mauvaise. Cette conception de Zeus comme puissance universelle s'est développée à partir des poèmes homériques et a abouti, chez les philosophes hellénistiques, à la conception d'une providence unique : chez les Stoïciens (Chrysippe, notamment, qui avait consacré un poème à Zens), Zeus est le symbole du Dieu unique incarnant le Cosmos. Les lois du Monde ne sont que la pensée de Zeus. Mais c'est là le terme extrême de l'évolution du dieu, et qui sort des limites de la mythologie pour appartenir à théologie et à l'histoire de la philosophie.
La Naissance de Zeus. - Zeus appartient, comme tous les Olympiens, à la seconde génération divine. Il est fils du Titan Cronos et de Rhéa. Et, de même que Cronos était le plus jeune de la lignée des Titans de même Zeus est le dernier-né. On sait comment Cronos, qui avait été averti, par un oracle, qu'un de ses enfants le détrônerait, essayait d'empêcher la réalisation de cette menace en dévorant ses fils et ses filles à mesure que Rhéa les mettait au jour (v. Cronos ). Au sixième celle-ci décida d'user de ruse et de sauver le petit Zeus, qui venait de naître. Elle le mit au monde, la nuit secrètement, et, au matin, porta à Cronos une pierre enveloppée de langes. Cronos dévora cette pierre, qu'il prit pour un enfant. Zeus était sauvé et, désormais, rien n'empêcherait les destins de s'accomplir. Deux traditions distinctes existent concernant le lieu de naissance de Zeus. La plus courante le place en Crête, sur le mont " Aegéon " ou bien sur le mont Ida ou encore sur le mont Dicté. L'autre, défendue par Callimaque, dans son Hymne à Zeus, le place en Arcadie. Mais, même Callimaque admet que la première enfance du Dieu se déroula dans l'antre crétois où sa mère l'avait confié aux Curètes et aux Nymphes. Sa nourrice fut la nymphe (ou la chèvre) Amalthêe, qui lui donna son lait. On racontait que lorsque cette chèvre était morte, Zeus avait pris sa peau comme armure : ce fut l'égide, dont il éprouva la puissance, la première fois, lors du combat contre les Titans. L'enfant divin fut nourri également de Miel. Les abeilles de I'Ida le distillèrent exprès pour lui. Les Crétois ne se contentaient pas de montrer l'endroit où, selon eux était né Zeus, ils montraient aussi une " Tombe de Zeus ", au grand scandale des mythographes et des poètes, pour qui Zeus était le dieu immortel.
La Conquête du Pouvoir. - Lorsque Zeus eut atteint l'âge adulte il voulut s'emparer du pouvoir que détenait Cronos. Il demanda alors conseil à Métis (la Prudence) qui lui donna une drogue, grâce à laquelle Cronos dut vomir les enfants qu'il avait absorbés. S'appuyant sur ses frères et ses soeurs ainsi rendus à la vie, Zeus attaqua Cronos et les Titans La lutte dura dix ans. A la fin, Zeus et les Olympiens furent vainqueurs et les Titans chassés du Ciel (v. Cronos). Pour obtenir cette victoire, Zeus sur le conseil de Gaia, avait dû libérer du Tartare les Cyclopes et les Hecatonchires que Cronos y avait enfermé. Il tua pour cela leur gardienne Campé. Les Cyclopes donnèrent alors à Zeus le tonnerre et la foudre qu'ils avaient forgés ; à Hadès, ils donnèrent un casque magique, qui rendait invisible quiconque le portait ; à Poséidon ils donnèrent un trident, dont le choc ébranle la terre et la mer. Une fois vainqueurs, les dieux se partagèrent le pouvoir, en tirant au sort. Zeus obtint le Ciel Poséidon eut la Mer ; Hadès eut le monde souterrain. De plus, Zeus eut la prééminence sur l'Univers. Toutefois la victoire de Zeus et des Olympiens leur fut bientôt contestée. Il dut, avec les Olympiens, lutter contre les Géants, excités contre eux par la Terre, irritée de savoir ses fils, les Titans, enfermés dans le Tartare. Sur cette lutte, la Gigantomachie v. Géants. Enfin, dernière épreuve, Zeus eut à venir à bout de Typhon, et ce fut le combat le plus rude qu'il dut soutenir. Au cours de cette longue lutte, il fut fait prisonnier, et mutilé par le monstre mais une ruse d'Hermês et de Pan le délivra, et il remporta la victoire (v. Typhon).
Les Unions de Zeus. - La première en date des épouses de Zeus est Métis, la fille d'Océan. Pour échapper au dieu, Métis prit plusieurs formes, mais en vain. Elle dut se soumettre, et conçut une fille. Mais Gala prédit à Zeus que, si Métis mettait au monde une fille, elle engendrerait ensuite un fils qui détrônerait son père. Aussi Zeus avala-t-il Métis et, lorsque vint le moment de la délivrance, Prométhée (d'aucuns disent Héphaïstos) fendit d'un coup de hâche le crâne de Zeus, d'où sortit, tout armée, la déesse Athèna. Zeus épousa ensuite Thémis, l'une des Titanides, et en eut des filles, les Saisons (les Heures), appelées respectivement Eirènè (Paix), Eunomia (Discipline) et Dicè (Justice). Puis, les Moires (v. ce nom), qui sont les agents de la Destinée. Ce mariage avec Thémis, qui est l'incarnation de l'Ordre éternel, de la Loi, a une évidente valeur de symbole, et il exprime comment Zeus, le dieu tout puissant, peut être soumis aux destinées, puisque celles-ci, ses émanations directes, ne sont en quelque sorte qu'un aspect de lui-même. Zeus s'unit encore à Dioné, l'une des Tîtanîdes, et, avec elle, engendra Aphrodite). D'Eurynomé, fille d'Océan, il engendra les Grâces Aglaé, Euphrosyne et Thalie, qui sont, à l'origine, des esprits de la végétation. De Mnémosyné, une Titanide, et qui symbolise la Mémoire, il eut les Muses. Enfin, avec Léto, il engendra Apollon et Artémis. C'est à ce moment seulement que se place, selon flésiode, le mariage sacré avec Héra, sa propre soeur. Mais il est généralement considéré comme beaucoup plus ancien. De ce mariage naquirent Hébé, Ilithye et Arès (v. Héra). Avec une autre de ses soeurs, Déméter, Zeus eut une fille, Perséphone. Telles sont les unions de Zeus avec des déesses mais ses unions passagères avec des mortelles sont innombrables. Nous ne citerons ici que les principales. Il n'y a guère de région du monde hellénique qui ne se soit vantée d'avoir pour héros éponyme un fils né des amours de Zeus. De même, la plupart des grandes familles de la légende se rattachent à Zeus. C'est ainsi que les Héraclides descendent non seulement de l'union du dieu et d'Alcmène, mais, à un degré plus lointain, de l'union de Zeus et de Danaé, puisqu'ils sont des Perséides. Achille et Ajax descendent de Zeus par la nymphe Egine, tandis que l'ancêtre d'Agamemnon et de Ménélas, Tantale, passait pour le fils de Zeus et de Plouto. De même, la race de Cadmos se rattachait à Zeus par Io et son fils Epaphos. Les Troyens, par leur ancêtre Dardanos, étaient nés des amours de Zeus et de la Pléiade Electre. Les Crétois se réclamaient d'Europe, et de ses trois fils, qu'elle avait eus de Zeus, Minos, Sarpédon et Rhadamante. De même, les Arcadiens avaient pour ancêtre Arcas, fils de Zeus et de la nymphe Callisto, et leurs voisins les Argiens avaient pour éponyme Argos, né, comme son frère Pélasgos, l'éponyme des Pélasges, de Zeus et de la Niobé argienne. Enfin, les Lacédémoniens se réclamaient de la nymphe Taygètè et du dieu. Bien que les mythographes, surtout à partir de l'époque chrétienne, affectent de considérer ces unions comme autant d'actes de libertinage, les poètes et les mythographes antérieurs s'efforcent de reconnaître les raisons profondes qui ont amené le dieu à donner des enfants à des mortelles. C'est ainsi que l'on expliquait la naissance d'Hélène par le désir de diminuer la population trop nombreuse de la Grèce et de l'Asie, en provoquant un conflit sanglant. De même, la naissance d'Héraclès avait pour but de susciter un héros capable de débarrasser la terre de monstres malfaisants. Bref, la procréation apparaît, chez Zeus, comme un acte d'action providentielle. Déjà, les Anciens remarquaient que beaucoup de ces unions avaient eu lieu sous des formes animales ou autres avec Europe, sous forme d'un taureau, avec Léda, d'un cygne, d'une pluie d'or avec Danaé, etc. Ces étrangetés, que l'on explique parfois par l'hypothèse de la substitution de Zeus à des cultes locaux plus anciens, dans lesquels la divinité remplacée avait une forme animale ou fétichiste, étaient souvent pour eux un objet d'indignation, et ils ont cherché à en donner une explication symboliste. Pour Euripide, par exemple, la pluie d'or séduisant Danaé est une image de la toute-puissance de la richesse. Ces aventures ont bien souvent exposé Zeus à la colère d'Héra. Une explication donnée par les Anciens des métamorphoses du dieu était précisément le désir de se dissimuler à son épouse, mais il s'agit évidemment d'une affabulation tardive, postérieure en tout cas aux légendes de métamorphose. De même, les amantes de Zens ont pris souvent des formes animales. Io a été métamorphosé en vache, Callisto devient une Ourse, etc…
Légendes diverses. - Zeus intervient dans un grand nombre de légendes qu'il est malaisé de grouper. L'Iliade connaît un complot tramé contre lui par Héra Athêna et Poséidon, et qui avait pour but de l'enchaîner. Il fut. sauvé par Aegaeon. Une autre fois, il lance Héphaïstos dans le vide, et rend ce dieu définitivement boiteux, le punissant ainsi d'avoir pris parti pour Héra (v. Héphaïstos, Héra). Il rétablit l'ordre dans le monde après le larcin de Prométhée, en clouant celui-ci au Caucase (v. Prométhée). Mais, devant la méchanceté des hommes, il décide le grand déluge, d'où ne réussira à se sauver la race humaine que grâce à Deucalion. Aussi est-ce à Zeus Libérateur que celui-ci offrira son premier sacrifice une fois le déluge terminé. Nous voyons Zeus intervenir dans les querelles qui surgissent un peu partout : entre Apollon et Héraclès, à propos du trépied de Delphes (v. Héraclês), entre Apollon et Idas, au sujet de Marpessa, entre PalIas et Athèna, provoquant ainsi, involontairement, la mort de la première, entre Athèna et Poséidon qui se disputent la possession de l'Attique, entre Aphrodite et Perséphone, qui se disputent celle du bel Adonis. Il châtie également un certain nombre de criminels, notamment des sacrilèges, comme Salmonée, Ixion (vengeant ainsi une insulte particulière), Lycaon, etc. Nous le voyons intervenir aussi dans les travaux d'Héraclès, lui donnant des armes contre ses ennemis, ou le retirant de leurs mains lorsqu'il est blessé (v. Héraclês). Zeus passait pour avoir enlevé le jeune Ganymède, en Troade, et l'avoir fait son échanson particulier, en remplacement d'Hébé. A Rome, Zeus fut identifié avec Jupiter, comme lui dieu du ciel lumineux et dieu protecteur de la Cité, dans son temple du Capitole.