Prague

Légende

Situation géographique

Prague et la Bohême

La ville médiévale

La ville baroque

La ville aujourd'hui · Population · Économie et fonctions

En tchèque Praha , en allemand Prag.

Capitale de la République tchèque, Prague symbolise, plus que toute autre ville d'Europe centrale, la rencontre de l'art et de l'histoire. Présentant un éventail architectural du gothique à l'art nouveau, en passant par l'exubérance baroque, reflétant ses coupoles et ses flèches dans la Vltava, la "capitale magique de l'Europe", comme l'appelait André Breton, est une cité livrée aux sortilèges de l'architecture. À travers une histoire mouvementée - dont le dernier épisode tragique fut l'écrasement du "printemps de Prague" par les troupes du pacte de Varsovie le 21 août 1968 - les manifestations les plus avancées des courants artistiques européens ont marqué un art national naturellement voué à l'expression et à la vie.

 

Situation géographique

Prague se situe au creux de la cuvette de Bohème, sur une aire de carrefour naturel constitué par l'Elbe (en tchèque Labe) qui s'échappe des Sudètes au nord en direction de la Saxe, par les gouttières de la vallée amont du Polabí (Elbe en tchèque) vers l'est et par celle de son affluent l'Ohre vers le sud-ouest et par la vallée de la Vltava (Moldau) au sud. La plaine du Polabí, région la plus basse de Bohème, est une cuvette sédimentaire au cœur du massif ancien relevé sur ses bordures, en forme de "quadrilatère" ; elle possède un abondant stock d'eau grâce à la convergence hydrographique et aux nappes aquifères souterraines dans les dépôts du crétacé; elle est couverte de lœss et jouit d'un climat localement plus clément, deux conditions de fertilité agricole qu'un peuplement néolithique avait tôt repérées. Les gisements hercyniens dessinent une ceinture de mines d'argent, plomb, cuivre, fer et charbon, dont l'exploitation a profité à la ville. L'individualité topographique très nette du quadrilatère bohémien a favorisé la continuité d'un centre urbain à fonction de contrôle politique.

 

Prague et la Bohême

Attestée dès le IVe millénaire, la présence humaine sur les bords de la Vltava (en allemand, la Moldau) devient régulière au cours du VIIe siècle avec l'installation de populations slaves. Sous la dynastie des Semyslides (890-1306), les Tchèques se convertissent au christianisme. Au règne du roi martyr saint Venceslas succède la création de l'évêché de Prague. La situation de la ville, au cœur de l'Europe, lui permet de développer des relations commerciales fructueuses. Ayant obtenu le statut de ville en 1232, Prague s'ouvre aux marchands allemands, qui s'installent sur la rive gauche, dans le quartier de Malá Strana ("Petit Côté"), jusque-là réservé à la communauté juive. Le royaume de Bohème traverse alors une période d'immense richesse. Le roi Charles IV (1346-1378), qui appartient à la maison de Luxembourg, fait de Prague la capitale du Saint Empire romain germanique. Sous le règne de son successeur, la conscience nationale tchèque connaît un renouveau dont le prédicateur Jan Hus (v. 1370-1415) est le symbole. Il s'élève contre les pratiques du clergé et remet en cause l'autorité pontificale. À ce mouvement réformateur religieux viennent s'ajouter des revendications nationalistes; l'agitation politique qui en résulte règle le sort de Hus, condamné au bûcher en 1415. Mais les utraquistes (de sub utraque specie, "communion sous les deux espèces", l'un des quatre points de la théologie hussite) se heurteront pendant vingt ans à une coalition européenne qui entend détruire ce foyer d'hérésie. Le concile de Bâle (1431) reconnaît les quatre articles, et permet la naissance d'une Église nationale et d'un État indépendant dominé par la noblesse tchèque. En 1516, les Habsbourgs montent sur le trône de Bohème. Après l'apogée que constitue le règne de Rodolphe II, la bataille de la Montagne Blanche (1620) marque la victoire du catholicisme et ouvre pour la Bohème une ère de dépendance envers l'empire austro-hongrois qui ne s'achève qu'en 1918. Cette situation ne signifie pas pour autant le déclin de la ville, qui restera le foyer d'une tradition culturelle et artistique prospère pendant deux siècles.

 

La ville médiévale

Appartenant dès l'origine au monde slave, la Bohème et sa capitale, Prague, se trouvent, grâce à la christianisation des IXe et Xe siècle, sous l'influence de l'Occident romain; les premiers édifices religieux datent de cette époque. Les fondations du château de Prague (Prazusky Hrad) datent de 870 ainsi que les constructions romanes qui l'entourent et le château de Vyzehrad. La basilique Saint-Georges, fondée en 920 sur le rocher du Hradcany, est le plus ancien édifice de Prague: l'église romane à trois nefs et deux tours date de 1142. Souvent remanié, cet édifice associe une chapelle gothique à un porche de style Renaissance (1541) et une façade de la fin du XVIIe siècle. Des rotondes de style roman édifiées au cours des XIe et XIIe siècle, trois subsistent, dont la chapelle Sainte-Croix. Un édifice de ce type, daté de 929, est à l'origine de la basilique Saint-Guy, construite en 1060 au HradIany. Au XIe siècle se constitue la Vieille Ville (Staré MKsto), sur la rive est de la Vltava. Au cours du siècle suivant, le château est reconstruit en style roman, le couvent de Strahov est fondé en 1140, et en 1170 est jeté sur la Vltava le premier pont, le pont Judith. Le style gothique s'impose progressivement, tandis que la ville s'étend. Des vestiges en témoignent: le cloître du couvent Sainte-Agnès (1234) et la synagogue Vieille-Nouvelle (1270), dans le ghetto. Les commerçants allemands, installés en grand nombre sur la rive gauche au début du XIIe siècle, ont obligé les Juifs à se regrouper sur la rive droite dans un quartier isolé par des murs à partir de 1230. À la fin de ce siècle, la Vieille Ville, constamment menacée par les crues de la Vltava, est remblayée et les constructions sont, par endroits, enfouies sous deux à trois mètres de terre. Le XIVe siècle est marqué par le règne de l'empereur Charles IV, dont le dessein urbanistique transforme la ville. Le Hradcany, qui domine le quartier de Malá Strana, est agrandi et cerné de nouveaux remparts en 1360; sur l'autre rive, la Vieille Ville se couvre de tours, celle de l'hôtel de ville (1338), ainsi que celles des nombreuses églises construites à cette époque, qui lui vaudront le nom de "ville aux cent tours". Elle est bientôt entourée par la Nouvelle Ville (Nové Mésto), créée en 1348. Mais le plus grand chantier architectural de cette période est celui de la cathédrale Saint-Guy, commencée en 1344. Pour mener à bien ce travail, Charles IV fait appel à l'architecte français Mathieu d'Arras, dont le style rigoureux s'exprime dans le chœur. Son plan, un chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes, est repris par son successeur, l'allemand Peter Parler, qui, dans un style qui se rapproche du gothique flamboyant, réalise la chapelle Saint-Venceslas, aux murs incrustés de pierres semi-précieuses. Ses fils poursuivent les travaux jusqu'en 1420, date à laquelle le chœur est achevé. En 1357, Parler construit le pont Charles, qui relie Staré Mésto à Malá Strana. L'agitation qui règne au tournant du XVe siècle interrompt l'expansion de la ville, sur le plan tant politique que culturel et artistique. L'indépendance retrouvée, sous les règnes de Georges de Podzbrady (1458-1471) et de Vladislas Jagellon, permet de renouer avec la tradition d'embellissement de la ville. Le XVe siècle voit le triomphe du gothique flamboyant dans l'architecture religieuse et privée. Les résidences seigneuriales se multiplient autour du palais royal, lui-même transformé par l'intervention de l'architecte Benoît Rejt. La voûte de la salle Vladislas est l'exemple même de la maîtrise à laquelle est parvenu l'architecte: l'exubérance des entrelacs et des nervures, unique décor de la salle, s'oppose à la rigueur classique des fenêtres Renaissance, qui apparaissent en cette fin de XVe siècle. Prague va connaître une nouvelle ère de prospérité: l'implantation d'un nouveau style architectural inspiré de la Renaissance italienne s'affirme tout au long du XVIe siècle et contribue à déplacer l'aire d'influence vers le sud. La colonnade du palais d'Été de la reine Anne (1538) est l'œuvre d'architectes italiens; des demeures privées, comme le palais Schwarzenberg, construit au Hradcany en 1560, présentent une façade de bossage feint réalisé en sgraffites. Parallèlement, le style gothique se perpétue avec la poursuite des travaux de Saint-Guy, dont la tour principale et le transept sont achevés au XVIe siècle.

 

La ville baroque

Le règne de l'empereur Rodolphe II (1576-1612), qui fait du Hradcany son séjour favori, marque de son empreinte le début de la période baroque. Ce monarque à la personnalité complexe et tourmentée constitue un des premiers cabinets de curiosités d'Europe, qui rassemble objets d'art et raretés de la nature, instruments astronomiques ou scientifiques et statues antiques, ainsi qu'une immense collection de tableaux des écoles nordiques et italiennes. Son mécénat fait affluer à Prague nombre d'artistes étrangers. La décoration des nouvelles salles du palais royal est réalisée dans le style maniériste italien, et, au tout début du XVIIe siècle, la maison U Minutý (1610) et le palais Martinic (1624), décorés de sgraffites, annoncent le baroque. Après la bataille de la Montagne Blanche, l'accession au pouvoir des catholiques favorise le mouvement de la Contre-Réforme. Bien que moins florissante que sous le règne de Rodolphe II, Prague continue de bénéficier de l'effervescence artistique du début du siècle, et, si elle a perdu son rôle de capitale de l'empire, elle reste un des lieux de séjour privilégiés de l'aristocratie. Édifié en 1624, le palais Wallenstein s'orne d'une loggia à arcades, d'un jardin décoré d'une grotte de rocaille et de statues fondues par le sculpteur Adriaen De Vries. C'est la première résidence véritablement baroque construite dans le quartier de Malá Strana par les artistes italiens, qui vont régner sur l'architecture pragoise du XVIIe siècle. Carlo Lurago conçoit une façade puissamment rythmée pour le nouveau collège des jésuites, et Francesco Carrati adopte un ordre colossal pour le palais Jernín (1667). C'est durant cette période qu'une école de peinture pragoise d'inspiration baroque se fait jour. La génération précédente avait été influencée par le maniérisme d'artistes comme Spranger ou Arcimboldo. Karel Vkréta réussit la synthèse entre la peinture d'inspiration nordique et le baroque italien, fondant ainsi un courant destiné à durer. Architecte français formé à Rome et actif à Prague autour des années 1680, Jean-Baptiste Mathey construit des palais dans le style du XVIIe siècle italien, et la première coupole pragoise, à l'église Saint-François-Séraphin. Avec lui s'ouvre la période d'urbanisation baroque de la ville. Ses limites restent celles définies par Charles IV, mais de nouvelles fortifications entourent Malá Strana et la Nouvelle Ville; les enceintes de la Vieille Ville sont détruites et remplacées par de grandes artères. Les monuments anciens, comme la façade de l'église Saint-Jacques, se couvrent de motifs sculptés; le décor du pont Charles est réalisé au début du XVIIIe siècle par les sculpteurs Jäckel, Brokoff et Braun. En fait partie une statue figurant saint Jean Népomucène, martyr canonisé en 1729, et dont le culte est encouragé par les jésuites; l'architecte autrichien Fischer von Erlach lui élèvera en 1736 un tombeau en argent dans le chœur de Saint-Guy. La ferveur qui caractérise le peuple tchèque est une des raisons pour lesquelles les "outrances" du baroque ont trouvé en Bohème un terrain d'élection. La baroquisation transforme l'aspect du quartier de Malá Strana: les habitations, des plus petites demeures aux plus grands palais, sont touchées par ce mouvement. En 1689, Alliprandi bâtit le palais Vternberk, et en 1703 le palais Lobkovic. La façade du palais Morzin (1713) est construite par Santini et décorée par Brokoff d'un balcon soutenu par des atlantes. L'architecte allemand Christoph Dientzenhofer réalise en 1717 l'église Notre-Dame-de-Lorette et commence l'édification de Saint-Nicolas de Malá Strana. Au cœur de la Vieille Ville, le palais Clam-Gallas, dû à Fischer von Erlach, témoigne de la même activité. Dans la décoration de la bibliothèque philosophique du monastère de Strahov par Palliardi et dans celle du château reprise par Pacassi dans les années 1780, l'apparition du style rococo annonce le néoclassicisme, qui touche le reste de l'Europe. Le théâtre Tyl, où est donnée la première représentation du Don Giovanni de Mozart, en est un autre exemple. Les quatre cités qui forment Prague seront réunies en une seule ville en 1784. Durant le XIXe siècle, la ville est assainie, le mur du ghetto démoli, les quais de la Vltava sont aménagés, et de nouveaux quartiers sont créés. Si le style néogothique est adopté pour l'achèvement de la cathédrale Saint-Guy, le Théâtre national (1860) et le Musée national (1885) répondent au goût néo-Renaissance. Des constructions du début du XXe siècle, comme l'hôtel Europa et la Maison municipale, sont influencées par le style Art nouveau. L'école pragoise, toujours vivace au cours du XVIIIe siècle, s'illustre au siècle suivant grâce à Josef Mánes et à de nombreux sculpteurs et décorateurs, et cela jusqu'au début du XXe siècle, où Alfons Mucha, un des représentants de l'art nouveau, réalise un vitrail pour Saint-Guy. Les peintres, très attirés, comme FrantiUek Kupka, par ce qui se passe à Paris, perpétuent une tradition de recherche et d'expression caractéristique de l'art pragois.

 

La ville aujourd'hui

Fréquentée par le monde des affaires et plus encore par les touristes et les hommes de science et culture Prague retrouve aujourd'hui son attrait de capitale culturelle et de grande ville de l'Europe centrale. Elle ambitionne de ravir aux capitales concurrentes, Vienne et Budapest, la toute première place pour le siège d'organisations internationales et pour des activités culturelles internationales (collèges, congrès, festivals). Mais, après la longue fermeture des échanges de la phase socialiste, ce redéploiement de Prague au cœur de l'Europe nécessite d'en améliorer l'accessibilité, par un réseau de circulation terrestre (autoroutes en direction de l'Allemagne, modernisation ferroviaire) et aérien (l'aéroport est en cours d'extension et un second est projeté).

 

Population

L'agglomération de Prague compte 1,2 million d'habitants [1994], soit 11 % de la population tchèque; il s'agit d'une population typique d'ancienne capitale, à forte dominante d'actifs, à surreprésentation de femmes, de ménages à une seule personne et de diplômés. Sa population est stationnaire, dans un contexte démographique national en léger recul. L'organisation très concentrique de la cité, soulignée par une rocade routière périphérique, se développe sur près de 50 000 ha (dont 10 % seulement sont bâtis), résultat d'une tradition urbaine d'adjonction généreuse de communes périphériques lors des réorganisations administratives. En 1920, le "Grand Prague" englobe 37 unités et atteint 17 000 ha pour 670 000 h.; en 1939, le million d'habitants est atteint; en 1961 intervient l'extension à 30 000 ha; en 1974 l'extension à 50 000 ha. Le centre historique des quatre vieilles cités (le Hradcany et le château sur la rive gauche, Staré Mésto, Nové Mésto et Vyzehrad sur la rive droite) est sous protection législative patrimoniale (1971): il compte 900 ha et abrite 5 % de la population résidante, mais propose le tiers des emplois. La première auréole est la cité intérieure, bâtie entre le XIXe siècle et la première moitié du XXe: sur 7 500 ha sont concentrés la moitié de la population et 40 % des emplois, dans une juxtaposition très animée de zones de services, d'usines et de quartiers résidentiels, avec une pollution aggravée par une circulation automobile croissante sur un réseau de voirie inadaptée; c'est dans cette première auréole que le mouvement de reprivatisation immobilière est le plus rapide; les quartiers les plus connus de cette auréole sont Zizkov, Karlin, Liben, Holesovice, Vysocany, Hloubetin. La seconde auréole, avec 500 000 h., correspond à la croissance socialiste en grands ensembles de logements standard à faible équipement de services de proximité; certains noyaux dépassent 100 000 h. et sont reliés au centre par le métro. En troisième couronne, la périphérie proprement dite, les espaces agricoles et les villages dominent encore.

 

Économie et fonctions

Prague est le premier centre industriel du pays; sa tradition industrielle fut affermie sous l'empire des Habsbourg (avant Vienne et Budapest), puis renforcée pendant le socialisme: mécanique, constructions de machines et électrotechnique dominent. Une forte recomposition interne la spécialise de plus en plus dans les fonctions de commandement et d'ingénierie. La montée des activités tertiaires de nature économique et non seulement administrative et culturelle accompagne le retour de l'économie de marché, avec en particulier les banques, l'accueil et l'hôtellerie. Prague a une Bourse. Devenue la ville la plus visitée de l'Europe de l'Est ex-socialiste, elle a une économie touristique en forte expansion. C'est la partie centrale qui en profite le plus, par une sorte de revanche sur les couronnes qui avaient bénéficié de toute l'attention du régime précédent. Ses fonctions de premier centre universitaire et de recherches du pays vont de pair avec celles de capitale; toutefois la séparation d'avec la Slovaquie réduit sa portée de commandement et d'influence directe, ce qui explique l'importance de son effort pour se positionner au rang des métropoles européennes.